Une musique métissée

"La domination culturelle américaine est-elle totale ? Les Etats-Unis sont en vérité, même si on feint de l'ignorer, le territoire d’une haute culture d'excellence
 On dénombre aux Etats-Unis 3 millions d'artistes et on y publie chaque année 3 milliards de livres. Elle est produite dans et par des institutions d'une indépendance farouche. On ne saurait par où commencer : les grands orchestres symphoniques, les musées, les compagnies de danse, les universités, avec leurs presses universitaires modèles - tout cela irriguant les salles des spectacles,  les centres culturels et les bibliothèques du monde entier. On oublie souvent ou on ignore la réalité extrêmement vivante de cette culture du plus haut niveau. D'abord soulignons le nombre extraordinaire des artistes qui n'y sont pas moins de 3 millions (!), et la capacité du système culturel américain d'engendrer, mais aussi de faire vivre plus de 2 millions d'entre eux.
 Autres chiffres étonnants à retenir : on y compte 200.000 écrivains et autant d'architectes et de musiciens, 120.000 bibliothèques, 20.000 musées et 4.000 universités, avec leurs 110 maisons d'édition de haut niveau. Chaque année trois milliards de livres sont publiés. Comme le souligne le précieux livre de Frédéric Martel (De la culture aux Etats-Unis, Gallimard), la révolution culturelle en cours aux Etats-Unis, contrairement  à ce que l'on croit, est même plus prononcée au cœur du pays (Midwest par exemple) que dans ses villes-phare.
 Ajoutons le nombre inouï des chercheurs que le pays a su attirer en leur offrant des conditions de travail qui parfois font honte aux pays européens les plus riches, ses innombrables prix Nobel, la meilleure presse du monde - journaux et magazines - sans oublier le nombre d'artistes majeurs qu'il a pu produire rien qu'au siècle dernier. Et terminons par rappeler le taux phénoménal de scolarisation universitaire : 81% d'une classe d'âge poursuit des études supérieures aux USA, contre 54% en France et 48% en Allemagne. Mais cela n'est pas tout.
 Grâce au dynamisme des avant-gardes, de la contre-culture et des cultures "alternatives", elle influence les avant-gardes de cinq continents
 Le  nombre des artistes innovants et alternatifs n'a certainement pas son égal au monde - ils jouissent de la diversité, d'un véritable pluralisme et d'une liberté d'expression quasi sacralisée et témoignent d'une passion du nouveau bien américaine. Ceci n'est pas uniquement vrai pour les festivals de films de cinéma indépendant ou les "experiments" musicaux ; c'est vrai aussi pour des courants politiques. L'alter mondialisme y compte ses plus fervents défenseurs, mais l'Amérique est également la terre d'une puissante contre-culture conservatrice, religieuse, puritaine (celle des évangélistes, reprise et imitée partout dans le  monde, surtout en Amérique latine).
 N'oublions pas également la puissance des cultures communautaires, de la diversité culturelle et de "subcultures" de toutes sortes
 Les Etats-Unis sont dotés de la richesse - unique au monde - d'une immigration et d'une diversité des minorités en contact permanent
Leur influence semble être encore plus décisive auprès de toutes les minorités de la planète, qui les imitent ou les détournent à leur façon, et où ils symbolisent la libération noire ou latino, les luttes féministes ou gays du monde entier. Les Etats-Unis sont dotés de la richesse - unique au monde - d'une immigration et d'une diversité des minorités en contact permanent. La forte démocratisation de la culture qu'on observe ces dernières décennies, l'importance de l'affirmative action depuis des années, la mise en valeur de plus en plus visible des cultures ethniques régionales, et les attaques contre l'élitisme WASP qui n'arrive plus à s'imposer, en sont les signes clairs de cette réalité. Au lieu d'être isolées et méprisées, les communautés occupent de plus en plus le terrain - alors que l'influence européenne ne cesse de baisser. Rappelons qu'il y a désormais 45 millions de Latinos, 35 millions de noirs, 12 millions d'asiatiques et au moins 15 millions d'étrangers illégaux.
 Il semble par ailleurs superflu de rappeler la place qu'occupent les USA dans tout le domaine du  développement des nouvelles technologies, et leur influence constante et décisive dans le secteur en plein essor des techniques numériques, les Visual arts, la musique électronique, le nouveau cinéma, pour ne rien dire d'Internet.
 Pour finir, et de façon presque irritante, rappelons que l'Amérique produit même mieux que quiconque la critique, souvent très virulente, de sa propre domination culturelle
 C'est la que se trouvent les militants les plus sévères à l'égard de Hollywood et de la culture de masse, les défenseurs les plus acharnés des cultures du monde, ceux qui dénonceront le sort des Indiens, les militants écologistes sans parler de véritables guerres contre le puritanisme, contre la censure, contre les guerres… C'est d'ailleurs sur Noam Chomsky ou, à un tout autre niveau, sur Michael Moore que les Européens prennent exemple pour critiquer les Etats-Unis.
 Les excès et les lacunes de cette culture sont certes nombreux. Mais le rappel de toute cette vivacité culturelle devrait nous inciter à réfléchir plus sérieusement quand on se félicite du déclin annoncé des Etats Unis, que l'annonce soit faite avec vraie délectation ou fausse tristesse. Au lieu de l'envier sans bornes sans jamais l'avouer, ou de l'imiter tristement voire de la mépriser, l'Europe pourrait avec profit s'inspirer partiellement de ce qui fait la réussite culturelle et le dynamisme des Etats-Unis tout en mettant mieux en valeur sa propre histoire culturelle."

La sacralisation… C’est au travers de cette notion que met en exergue le texte que l’hégémonie américaine est exaltée. En effet, la culture américaine repose en grande partie sur ses artistes musicaux qui portent au travers du monde le modèle d’un métissage revendiqué et assumé. Mélange de pop, jazz et de Blues, l’industrie musicale américaine s’est très largement inspirée de la culture noire africaine basée sur une importante tradition orale et sur les chants sacrés. Ainsi, les quelques 3 millions d’artistes que comptent les USA ne sont autres que le reflet d’un modèle sociétaire : un modèle qui prône la liberté et le plaisir. Chanter est ainsi aux USA un véritable moyen d’expression dont la portée est très étendue. Si 3 milliards de livres sont publiés par an, 62% des américains considèrent que la lecture est une « corvée » plus qu’un passe-temps, et ce malgré l’illettrisme. Dans une société en constant devenir et où consommation et plaisirs s’associent de manière probante, seule la musique semble alors concilier culture et divertissement, exaltant une idée de liberté. 

 

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